Petits points cardinaux

Michel Séonnet

37 - Le pays que je te ferai voir

C’est un livre qui vient de loin. En 2004, avec mon compère photographe Olivier Pasquiers, nous avions réalisé un travail sur des anciens combattants marocains de l’armée française qui traînaient leur misère dans un foyer de Beauvais. Puis nous nous étions rendus au Maroc dans la région d’El Kelaa-des-Sraghna où, de douar en douar, nous avions visité leurs familles.
Ainsi s’était écrit Oubliés de guerre. (Photo Olivier Pasquiers)

Nous avions profité de ce voyage pour nous rendre à Tanger dont, quelques années plus tôt, des migrants clandestins que nous avions rencontrés à la Maison de la solidarité de Gennevilliers pour écrire Perdu qui comme Ulysse nous avaient longuement parlé.

Par la suite, ces "impressions" tangéroises ont donné lieu à la publication de Tanger côté mer, toujours avec des photos d’Olivier.

J’avais alors profité d’un passage à Rabat pour rencontrer le Père Vincent Landel, l’archevêque catholique du Maroc. Il revenait de Oujda et m’avait raconté comment le curé de la cathédrale y avait transformé son presbytère en une sorte de maternité pour accueillir les femmes migrantes qui venaient d’accoucher dans le désert ou qui étaient sur le point de le faire.

Tanger. Oujda. Les goumiers. Les migrants. Le projet commençait à prendre forme.

Je le soumettais aussitôt au programme des Missions Stendhal du ministère des affaires étrangères qui m’accordait son soutien.
Le printemps d’après je repartais. L’Institut français de l’Oriental de Oujda m’accueillit pour des rencontres avec des étudiants.
A Oujda, je fis la connaissance du père Joseph Lépine, ce prêtre dont m’avait parlé l’évêque de Rabat. Avec lui, je rencontrai de jeunes marocains engagés dans le combat pour le droit des migrants et nombre de ces migrants qui survivaient dans la région entre expulsions sur l’Algérie et tentatives de passer la Méditerranée.
Je retournai à Oujda au printemps 2007. Cette fois, Olivier Pasquiers m’accompagnait. Khadija Benaddi, bibliothécaire à à la médiathèque de l’Institut français de l’Oriental, me permit d’y faire de nombreuses rencontres jusque dans les montagnes des Beni Snassen. Pendant tous ces jours, grâce à la confiance qu’ils faisaient au père Joseph, des migrants m’ont raconté leur histoire, leurs errances. Parmi eux il y avait Marie-Noëlle qui, bien qu’étant enceinte et ayant un statut de réfugié, avait été expulsée du Maroc par la police marocaine et lâchée comme tous les autres dans la zone désertique de la frontière algérienne. Elle venait d’accoucher d’un petit garçon auquel, en remerciement, elle avait donné le prénom de Joseph. Au jour de Pâques il était baptisé dans la cathédrale. Comment le personnage de Louise Laugier (qui porte le même même nom que celui qui est au centre de Que dirai-je aux enfants de la nuit ? ) est-il venu se glisser sur ces routes marocaines pour y creuser son histoire ? Cela relève de l’énigme des chemins d’écriture. La seule chose que je peux dire c’est que cela s’imposa.

Vous pouvez lire quelques extraits du livre sur le site des éditions L’Amourier.

mercredi 15 octobre 2014

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