Petits points cardinaux

Michel Séonnet

19 octobre

J’ai encore ouvert la fenêtre
à la caresse matinale du soleil

la mer au loin
semblait si familière
que c’en était presque
inquiétant

peut-on s’habituer
à sa présence

je sais bien des riverains
qui ne la voient même plus
lui tournent le dos
vivent hors d’elle

le temps use le regard
la paresse vient vite :
la mer tournera bien
sans moi

s’obliger à demeurer
en présence de la mer

en être jour après jour
l’obligé

venir y affûter
notre fragile conscience

la mer exhausse
qui la regarde

le plus solitaire
s’y découvre l’un
d’une multitude

vie qui renvoie à la vie
sillages qui ouvrent des traversées
rives qui battent au souffle d’invisibles poitrines

la mer est la matière
dans laquelle le temps
s’écrit en lettres d’eau

mer en expansion
en extension
en transmission

naissance de l’histoire
dont la vague n’a de cesse
de démultiplier le récit

qui oublie la mer
n’a plus pied sur terre

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