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	<title>Petits points cardinaux</title>
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	<description>Michel S&#233;onnet</description>
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		<title>Na&#238;tre, en voulez-vous encore ?</title>
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		<dc:date>2015-08-26T09:06:48Z</dc:date>
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		<dc:creator>Michel S&#233;onnet</dc:creator>



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&lt;p&gt;Puis-je dire que nous nous sommes rencontr&#233;s dans les parages des limbes ? J'ai souvent pens&#233; que la mani&#232;re avec laquelle J.B. m'avait accueilli chez Gallimard n'&#233;tait pas sans rapport avec l'attrait qu'il avait pour ce lieu d'incertitude o&#249; la tradition catholique rel&#232;gue les enfants morts sans avoir &#233;t&#233; baptis&#233;s et auquel il avait consacr&#233; un livre - L'enfant des limbes. Le premier de mes textes qu'il eut entre les mains portait le souci d'un enfant de quelques mois se d&#233;battant entre vie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://petitspointscardinaux.net/compagnes-compagnons/j-b-pontalis/" rel="directory"&gt;J.B. Pontalis&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Puis-je dire que nous nous sommes rencontr&#233;s dans les parages des limbes ?&lt;br/&gt;
J'ai souvent pens&#233; que la mani&#232;re avec laquelle J.B. m'avait accueilli chez Gallimard n'&#233;tait pas sans rapport avec l'attrait qu'il avait pour ce lieu d'incertitude o&#249; la tradition catholique rel&#232;gue les enfants morts sans avoir &#233;t&#233; baptis&#233;s et auquel il avait consacr&#233; un livre -&lt;i&gt; L'enfant des limbes&lt;/i&gt;. Le premier de mes textes qu'il eut entre les mains portait le souci d'un enfant de quelques mois se d&#233;battant entre vie et mort. Ce roman s'appelait&lt;a href='https://petitspointscardinaux.net/la-vie-les-livres/article/la-chambre-obscure' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;La chambre obscure&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Lors de la r&#233;&#233;dition de &lt;i&gt;L'enfant des limbes &lt;/i&gt; en livre de poche, il me l'offrit en y adjoignant cette d&#233;dicace en forme de sous-titre : &lt;i&gt;ou une autre chambre obscure qui s'&#233;claire. &lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
Sous le signe du clair-obscur, donc.&lt;br/&gt;
Un clair-obscur qui serait l'antith&#232;se du flou.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;J'aime chez les peintres que les nuages, les brumes, les lointains soient repr&#233;sent&#233;s avec pr&#233;cision et, chez les po&#232;tes, que les choses vagues trouvent le mot juste&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;- &#233;crit-il dans l'un des derniers textes de &lt;i&gt;L'enfant des limbes&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
Pr&#233;cision dans l'ind&#233;cis.&lt;br/&gt;
D&#233;termination dans l'absence de certitudes.&lt;br/&gt;
Il est probable que sa prise de distance &#224; l'&#233;gard de ses ma&#238;tres - Sartre, Lacan -, leur pr&#233;f&#233;rant tr&#232;s vite les relations avec ses pairs, avait &#224; voir avec sa m&#233;fiance pour les assertions d&#233;finitives.&lt;br/&gt;
Refusant lui-m&#234;me de se poser en &#034;p&#232;re&#034;. Et si nombre de &#034;ses&#034; auteurs avaient l'&#226;ge d'&#234;tre ses fils, il aimait, je crois, l'incertitude d'une relation beaucoup plus ouverte. O&#249; les cadres, les fonctions, les &#034;complexes&#034;, se rejouaient sur un mode ouvert. L'amiti&#233;, &#224; laquelle il consacra un livre - &lt;i&gt;Le songe de Monomotapa&lt;/i&gt; - , &#233;tait une des voies de ce genre de relation, forte, mais aux contours ind&#233;cis.&lt;br/&gt;
Laisser du flou, de la marge (&lt;i&gt;En marge des jours&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;En marge des nuits&lt;/i&gt;), pour que cela travaille encore.&lt;br/&gt;
Et jusque dans les aspects de sa vie o&#249; il semblait le plus &#233;tabli.&lt;br/&gt;
J'ai toujours eu l'impression que son bureau perch&#233; dans les hauteurs de l'immeuble Gallimard respirait cet &#233;trange &#233;quilibre entre la modestie du lieu, une ancienne chambre de bonne sans doute, et la place (importante) qu'il savait avoir dans cette maison.&lt;br/&gt;
Que c'&#233;tait &#224; cette aune, aussi, que, sans aucune fausse modestie, il mesurait sa place dans la litt&#233;rature. S'il ne boudait pas les reconnaissances, voire m&#234;me les suscitait, il dit dans &lt;i&gt;En marge des jours&lt;/i&gt;, &#224; propos du succ&#232;s de &lt;i&gt;Fen&#234;tres&lt;/i&gt;, que quelque chose en lui semblait se d&#233;rober au plein accueil des &#233;loges et des mondanit&#233;s aff&#233;rentes. Quelque chose qu'il appelait l'humeur - &lt;i&gt;l'humeur est sombre&lt;/i&gt;. Il consid&#233;rait d'ailleurs que &lt;i&gt;l'antique th&#233;orie de l'humeur surpasse toutes les psychologies modernes&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
Nonobstant sa fr&#233;quentation de certains cercles de mondanit&#233; dont, par h&#233;ritage familial, il avait la culture, il y avait chez lui quelque chose de hors le monde. Qui lui conf&#233;rait une grande partie de son charme. &lt;i&gt;Il aimait plaire, il ne cherchait pas &#224; s&#233;duire, s'en sentant peu capable&lt;/i&gt;, &#233;crit-il de lui-m&#234;me. Quelque chose tra&#238;nait toujours en lui de ce &lt;i&gt;hors temps de l'enfance&lt;/i&gt; que, dans &lt;i&gt;Fen&#234;tres&lt;/i&gt;, il disait analogue au &lt;i&gt;hors temps de l'analyse&lt;/i&gt; - hors temps auxquels il adjoignait volontiers le hors temps de la lecture et celui de l'&#233;criture. Ses diff&#233;rentes pratiques, ses diff&#233;rents &#034;m&#233;tiers&#034;, se r&#233;v&#233;lant &#224; lui anim&#233;s - au sens fort : trouvant leur &#226;me - dans ce hors temps de l'enfance et des limbes. Un hors temps qui &#233;tait loin d'&#234;tre fig&#233;, mais qui &#233;tait voyage, transfert, transport. &lt;i&gt;L'exp&#233;rience de la lecture&lt;/i&gt;, &#233;crit-il encore dans &lt;i&gt;Fen&#234;tres&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;pr&#233;figure celle de l'analyse. Toutes deux sont transport, transfert, hors de soi. Toutes deux sont &#233;preuve de l'&#233;tranger. D'un &#233;tranger qui serait au plus pr&#232;s de l'origine. &lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
Hors temps des rencontres ?&lt;br/&gt;
La brasserie o&#249; il donnait rendez-vous &#224; &#034;ses&#034; auteurs avait ainsi quelque chose de l'intime et du public. Chacun de ses invit&#233;s pouvait avoir le sentiment d'&#234;tre l'unique. Que ce lieu &#233;tait propre &#224; leur amiti&#233;. M&#234;me si chacun de ses visiteurs savait pertinemment qu'il lui fallait bien partager la place. La table - toujours la m&#234;me - &#233;tait &#224; la fois en retrait (l'hiver, elle &#233;tait comme masqu&#233;e par un rideau rouge) et pr&#232;s de la fen&#234;tre qui donnait sur la rue.&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Ma &#034;topique&#034; subjective est &#224; la fois celle des fen&#234;tres ouvertes et de la chambre &#224; soi.&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Nous y &#233;tions convi&#233;s.&lt;br/&gt;
Et n'en &#233;tait-il pas ainsi, finalement, des &#034;collections&#034; qu'il avait fond&#233;es et dirigeait chez Gallimard ? &lt;br/&gt;
La chambre &#224; soi : il avait haute main sur les choix, les d&#233;cisions, un peu comme un collectionneur d'&#339;uvres d'art. La collection, c'&#233;tait chez lui. &lt;br/&gt;
Mais dans un m&#234;me temps, c'&#233;taient les autres. Pas seulement les auteurs qui lui confiaient un manuscrit ou &#224; qui il en avait demand&#233; un. Mais tous ces &#034;autres&#034; - &#233;crivains, peintres, musiciens, lieux, p&#232;res, fils,... - que ces auteurs allaient introduire chez lui.&lt;br/&gt;
D'o&#249; parfois l'incompr&#233;hension devant tel ou tel projet qu'il refusait d'inclure dans sa collection avec pour seul motif que, non, il n'aimait pas cet &#034;autre&#034; (j'en fis l'exp&#233;rience avec un po&#232;te que j'appr&#233;cie tout particuli&#232;rement et sur lequel je revins sans succ&#232;s &#224; plusieurs reprises). Ou, au contraire, dans l'insistance qu'il mettait &#224; ce que vous &#233;criviez sur tel ou tel sujet dont un jour vous lui aviez parl&#233; (j'en fis l'exp&#233;rience avec &lt;a href='https://petitspointscardinaux.net/la-vie-les-livres/article/la-marque-du-pere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;La marque du p&#232;re &lt;/i&gt;&lt;/a&gt; pour l'&#233;criture duquel il usa d'arguments qui me laiss&#232;rent sans r&#233;ponse).&lt;br/&gt;
L'un - et l'autre.&lt;br/&gt;
J.B. - et les autres.&lt;br/&gt;
Chambre &#224; soi - fen&#234;tres ouvertes.&lt;br/&gt;
Bien des titres qu'il publia dans cette collection pourrait d'ailleurs &#233;tonner. Car il ne s'agissait pas de faire &#034;&#233;cole&#034;, jouer de la similitude de d&#233;marche ou de pens&#233;e. (Ne pourrait-on pas d'ailleurs expliquer ainsi l'arr&#234;t brusque qu'il imposa &#224; &#034;sa&#034; NRP alors m&#234;me qu'il pensait que c'&#233;tait peut-&#234;tre son &#339;uvre principale, les seuls volumes qu'il avait &lt;i&gt;fait relier pleine peau, bleu marine, (sa) couleur pr&#233;f&#233;r&#233;e &lt;/i&gt; : la peur de faire &#233;cole ?) S'assemblait dans la collection non ce qui se ressemblait mais ce qui venait ouvrir des lignes de questionnement, de d&#233;couvertes. Il aimait aussi convoquer des territoires inconnus.&lt;br/&gt;
Son travail d'&#233;diteur &#233;tait avant tout un travail de lecteur. Ou plut&#244;t : un &#034;travail&#034; qu'il proposait au lecteur. Qu'il invitait donc au transport, au transfert hors de soi, &#224; cette &#233;preuve de l'&#233;tranger.&lt;br/&gt;
On compare souvent l'&#233;criture et la publication d'un livre &#224; un accouchement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail d'&#233;diteur, pour J.B., &#233;tait travail de naissance mais dans le d&#233;nuement de celui qui est mis au monde.&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;J'aimerais ne jamais cesser de venir au monde&lt;/i&gt;, &#233;crit-il dans&lt;i&gt; L'enfant des limbes&lt;/i&gt;, mettant en doute le consensus sur le &#034;traumatisme&#034; de l'expulsion li&#233;e &#224; la naissance.&lt;br/&gt;
Rien ne semblait plus exciter son &lt;i&gt;amour des commencements&lt;/i&gt; que de na&#238;tre et na&#238;tre encore ! Le livre (&#233;criture et lecture), l'analyse (analyste et analysant), en &#233;taient les &#034;voies naturelles&#034;.&lt;br/&gt;
Cela, sans doute, qui donnait l'impression d'avoir affaire &#224; quelqu'un de non-fini, d'in-fini. Une personne qui, en bien des domaines, aurait eu pourtant de bonnes raisons de se croire &#034;parvenue&#034;. Mais quelque chose en lui venait toujours d&#233;fier la tentation d'&#234;tre arriv&#233;.&lt;br/&gt;
Ses variations d'humeur en marquaient l'impact.&lt;br/&gt;
Ce que, dans &lt;i&gt;Fen&#234;tres&lt;/i&gt;, il d&#233;signait du nom de nostalgie :&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Le d&#233;sir que porte la nostalgie est moins celui d'une &#233;ternit&#233; immobile que de naissances toujours nouvelles.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute n'&#233;tait-il pas dupe de ce d&#233;sir de naissance, de renaissance. &lt;br/&gt;
Parlant de son humeur sombre malgr&#233; la reconnaissance obtenue, il &#233;num&#232;re, dans &lt;i&gt;En marge des jours&lt;/i&gt;, les &#233;l&#233;ments factuels qui auraient pu la faire na&#238;tre. Dont celui que cela arrive trop tard.&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Par qui donc aurais-je attendu d'&#234;tre reconnu au &#034;bon moment&#034; ? La r&#233;ponse va de soi.&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
A chacune de nos rencontres, venait le moment de la question rituelle : &lt;br /&gt;&#8212; Comment va maman ?&lt;br/&gt;
Ma m&#232;re avait &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me &#226;ge que lui. Il ne l'avait jamais rencontr&#233;e mais r&#233;pondait toujours avec vivacit&#233; &#224; mes j&#233;r&#233;miades &#224; son encontre. Il m'expliqua un jour que, malgr&#233; tout ce que j'en disais, il aurait aim&#233; avoir une m&#232;re comme elle.&lt;br/&gt;
Nostalgie ?&lt;br/&gt;
J'eus l'impression d'avoir ce jour-l&#224; devant moi un in-fans octog&#233;naire pr&#234;t &#224; s'embarquer &#224; nouveaux frais sur des chemins de naissance.&lt;br/&gt;
Na&#238;tre - ce fut le verbe qu'il choisit pour figurer sur le bandeau du premier de mes livres dont il fut l'&#233;diteur.&lt;br/&gt;
Na&#238;tre, en voulez-vous encore ?&lt;br/&gt;
Je voudrais croire que ce furent ses derni&#232;res paroles lorsqu'il mourut au jour anniversaire de sa naissance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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