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		<title>Paul Lafargue / 1 - Une visite</title>
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		<dc:creator>Michel S&#233;onnet</dc:creator>



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&lt;p&gt;C'est un bien beau jardin. D'ailleurs, c'est &#224; peu pr&#232;s cela que la jeune femme &#224; la robe claire, presque blanche, est en train de dire &#224; celle qui l'accompagne. &#034;Oui, c'est un bien beau jardin que vous avez l&#224;&#034;. Et l'autre sourit. D'un sourire plein de douceur qui d&#233;voile une &#224; une les rides qui serpentent sur son visage. &#034;Vous devriez venir plus souvent&#034;. Mais elle sait aussit&#244;t qu'elle a eu tort de dire cela. La jeune femme a bien autre chose &#224; faire que de rendre visite &#224; une vieille (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://petitspointscardinaux.net/grenier/ici-c-est-la-banlieue-46/" rel="directory"&gt;Ici c'est la banlieue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est un bien beau jardin. D'ailleurs, c'est &#224; peu pr&#232;s cela que la jeune femme &#224; la robe claire, presque blanche, est en train de dire &#224; celle qui l'accompagne. &#034;Oui, c'est un bien beau jardin que vous avez l&#224;&#034;. Et l'autre sourit. D'un sourire plein de douceur qui d&#233;voile une &#224; une les rides qui serpentent sur son visage. &#034;Vous devriez venir plus souvent&#034;. Mais elle sait aussit&#244;t qu'elle a eu tort de dire cela. La jeune femme a bien autre chose &#224; faire que de rendre visite &#224; une vieille dame comme elle. D'ailleurs, serait-elle venue si son compagnon n'avait pas tant insist&#233;, exalt&#233; qu'il &#233;tait &#224; l'id&#233;e de lire les derni&#232;res pages du manuscrit qu'il vient de terminer &#224; celui qu'il appelle &#034;le Patriarche&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Femme du Patriarche : &#233;tait-elle autre chose que cela ? D&#233;j&#224;, lorsqu'elle &#233;tait jeune, bien avant qu'elle n'&#233;pouse celui que tous appelaient &#034;le Cr&#233;ole&#034;, &#233;tait-elle autre chose que la fille pr&#233;f&#233;r&#233;e du Fondateur g&#233;nial d'une pens&#233;e qui devait bouleverser l'univers, que l'on venait voir de loin, que l'on respectait, que l'on adorait. Son r&#244;le, dans tout cela, n'avait-il &#233;t&#233; que de permettre &#224; l'admirateur &#233;bloui - son futur mari - de prendre rang parmi les fils &#233;lus, les propagateurs z&#233;l&#233;s de l'homme illustre qu'&#233;tait son p&#232;re ? Tout cela &#233;tait bien vieux. Mais il avait suffi de la pr&#233;sence de la jeune femme pour que ces sentiments depuis longtemps enfouis resurgissent. Comme si &#224; son &#226;ge cela avait encore quelque importance ! Comme si en fait, et elle le reconnaissait volontiers, elle n'avait pas &#233;t&#233; heureuse avec ce cr&#233;ole extravagant ! Elle voulait chasser tout cela de son esprit. Elle voulait oublier que la jeune femme qui marchait maintenant devant elle dans le jardin, sa robe claire attirant &#224; elle toute la lumi&#232;re qui filtrait au travers des feuillages, que cette jeune femme avait, &#224; quelques mois pr&#232;s, l'&#226;ge qu'aurait pu avoir sa propre fille si... Non, elle n'allait pas remettre &#231;a. cela faisait plus de trente ans que sa fille &#233;tait morte... &#034;Et bous ne vous ennuyez pas dans ce petit village ?&#034; La jeune femme s'&#233;tait retourn&#233;e et lui faisait face. &#034;Vous ne devez pas avoir beaucoup de visites.&#034; C'&#233;tait vrai, les visites &#233;taient rares. Quelques vieux amis, quelques camarades du parti qui, parfois, venaient demander l'avis du Patriarche sur des questions importantes. A part les gens du village, c'&#233;tait tout. Mais ne l'avaient-ils pas un pec cherch&#233; lorsqu'ils &#233;taient venus s'installer ici. &#034;Au moins, quand on veut nous voir, r&#233;pondit malicieusement la vieille femme, c'est qu'on en a vraiment envie&#034;. La jeune femme s'&#233;tait remise &#224; marcher. Pour s&#251;r, c'&#233;tait une vraie exp&#233;dition que de venir voir ces deux vieux. Elle avait encore les jambes lourdes des kilom&#232;tres de pav&#233;s mal joints qui avaient d&#233;fil&#233; sous les roues de sa bicyclette. Son compagnon avait dit : &#034;Je veux savoir ce que le Vieux pense de ce que l'ai &#233;crit.&#034; Elle l'avait suivi. Et maintenant elle avait h&#226;te de repartir. Oh, bien s&#251;r, elle en niait pas l'importance que le Patriarche et sa femme avaient eu pour le d&#233;veloppement et la propagation des id&#233;es auxquelles elle avait elle aussi d&#233;cid&#233; de consacrer sa vie. Mais elle se m&#233;fiait un peu. Elle avait tendance &#224; les consid&#233;rer comme de v&#233;n&#233;rables reliques, n&#233;cessaires, certes, ne serait-ce que pour t&#233;moigner de la naissance et de l'histoire de ce mouvement irr&#233;versible qui allait entra&#238;ner le monde entier et dont ils avaient &#233;t&#233; les pionniers, mais la m&#233;connaissance des r&#233;alit&#233;s nouvelles et des enjeux du moment (comment en serait-il autrement vu leur &#226;ge, leur &#233;loignement de tout, leur mise &#224; l'&#233;cart volontaire) les &#233;cartaient in&#233;vitablement de positions id&#233;ologiquement et pratiquement justes. Elle se demandait bien en quoi l'avis du patriarche pouvait &#224; ce point importer &#224; son compagnon. Peut-&#234;tre &#224; cause de sa filiation avec le Fondateur ? Ce devait &#234;tre &#231;a. Parce que lorsqu'ils n'&#233;taient que tous les deux, celui-ci ne se privait pas de critiquer violemment les positions et les d&#233;clarations du Vieux. Il respectait l'homme, et l'appelait volontiers &#034;le Propagateur le plus dou&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Si nous allions voir o&#249; en sont nos hommes, dit le vieille femme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tel que je connais mon mari, il doit &#234;tre s&#251;rement &#234;tre en train de pol&#233;miquer avec votre ami sur quelque d&#233;tail de son livre. &lt;br/&gt;
Elle avait pris les devants. D&#233;j&#224; elle gravissait le perron et p&#233;n&#233;trait dans la maison. La jeune femme suivit. Elle la rejoignit &#224; la porte du bureau d'o&#249;, amus&#233;e, elle regardait les deux hommes. Son mari, assis &#224; califourchon sur une chaise, les bras crois&#233;s sur le dossier, la t&#234;te appuy&#233;e sur les bras, lissant du bout des doigts sa moustache grisonnante (ce qu'elle savait &#234;tre un signe d'attention autant que de perplexit&#233;), l'autre, le Russe, debout au milieu de la pi&#232;ce, lisant d'une voix de stentor le texte qu'il tient de sa main droite alors que de la droite il bat l'ait &#224; la hauteur de son visage chaque fois qu'il s'embrouille dans la traduction qu'il improvise mot apr&#232;s mot : &lt;br/&gt;
... la lutte des partis en philosophie... lutte qui traduit en derni&#232;re analyse.... les tentations.... non, les tendances et l'id&#233;ologie des classes ennemies de la soci&#233;t&#233; pr&#233;sente... de la soci&#233;t&#233; contemporaine... le mat&#233;rialisme et l'id&#233;alisme sont bien des partis aux prises...&lt;br/&gt;
Elle s'est retir&#233;e. Non qu'elle ne s'int&#233;resse pas aux id&#233;es qui agitent les deux hommes.Mais elle sait la joie que repr&#233;sente pour son mari ce t&#234;te &#224; t&#234;te. Pourquoi l'en priverait-elle ? La jeune femme, elle, est rest&#233;e pr&#232;s de la porte du bureau. Sans doute esp&#232;re-t-elle d&#233;tourner l'attention de son ami pour lui faire comprendre qu'il est temps de repartir, que tout cela a assez dur&#233;. Ils ont encore &#224; faire un long trajet &#224; bicyclette. Ils ont assez perdu de temps avec ces deux vieux alors que tant de t&#226;ches les attendent. Il l'a vue. Il a vue sa silhouette blanche dans l'encadrement de la porte. Il a compris. Il lui fait signe de la main qu'il n'en a plus pour longtemps. Alors elle retourne dans la jardin une derni&#232;re fois, attendant pr&#232;s du bassin que son compagnon la rejoigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont repartis. Au bout de la rue les deux vieux qui saluaient de la main ne faisaient plus qu'une tache sombre. La jeune femme allait devant, sa robe blanche flottant au vent. C'&#233;tait la premi&#232;re visite qu'ils leur avaient rendue. Il n'y en aurait pas d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porte se referme. Il est bien temps d'allumer les lampes. Le jeu est termin&#233; pour aujourd'hui. Les deux vieux marchent l'un derri&#232;re l'autre dans le corridor &#224; petites pas tra&#238;nants. Les spectateurs se sont retir&#233;s. Ils peuvent se laisser aller &#224; ce qu'ils sont, &#224; ce qu'ils refusent de montrer mais qui, chaque jour, les gagne un peu plus, les douleurs, la lassitude. Tout l'apr&#232;s-midi ils ont bien fait attention. Leurs visiteurs pourront dire aux camarades du parti qu'ils les ont trouv&#233;s en pleine forme, solides et vigoureux. Le mythe du vieux ch&#234;ne pourra continuer. Plus pour longtemps. Car alors que doucement ils se dirigent vers le salon, ils sentent bien qu'un apr&#232;s-midi comme celui-ci leur demande tant d'efforts qu'il leur faudra plusieurs jours avant de s'en remettre. Un jour, quelque visiteur s'apercevra de la supercherie. Mais il sera trop tard. Et cela le Vieux ne le veut pas. A aucun prix. Ils en ont d&#233;j&#224; parl&#233; tous les deux. A plusieurs reprises. Des soirs o&#249;, comme celui-ci, assis chacun dans un des fauteuils du salon, ils r&#233;cup&#233;raient en silence, se contentant de regarder les flammes qui une &#224; une s'&#233;teignent dans la chemin&#233;e. Quand il n'y a plus que quelques braises rougeoyantes, ils vont se coucher. Sans manger. A leur &#226;ge on n'a m&#234;me plus envie de manger. Surtout lorsqu'on est fatigu&#233; et que la t&#234;te indocile refuse de suivre le reste du corps dans cet abandon si proche du sommeil. &#212; la t&#234;te ! Comme un vacarme imp&#233;tueux malgr&#233; le silence. Comme une rotative que plus rien ne peut arr&#234;ter et qui d&#233;verse jour et nuit son inlassable production de tracts, de manifestes, de brochures, de pens&#233;es &#224; peine form&#233;es mais d&#233;j&#224; prises dans la pr&#233;cision ineffa&#231;able de l'encre. Contre cela il n'y a rien &#224; faire. M&#234;me les r&#234;ves, lorsque le corps assoupi entra&#238;ne dans sa somnolence la t&#234;te qui penche peu &#224; peu &#224; la rencontre de l'&#233;paule et s'arr&#234;te comme suspendue, retenue dans son mouvement vers le bas par le dossier du fauteuil, m&#234;me les r&#234;ves ne sont que des champs de bataille, des tribunes, des congr&#232;s contradictoires o&#249; les pens&#233;es refusent de se taire alors que d&#233;j&#224; la salle est vide, la tribune d&#233;garnie, la bataille termin&#233;e. Toujours cette incapacit&#233; de la parole et de l'esprit &#224; se taire. Toujours cette impuissance qui pr&#234;terait &#224; sourire si ce n'&#233;tait si grave, &#224; s'arr&#234;ter ne serait-ce qu'un instant la rotation d&#233;sordonn&#233;e des mots et des phrases. Non, il n'y a rien &#224; faire pour emp&#234;cher cela, seulement craindre que jour apr&#232;s jour l'apathie du corps finisse par atteindre la t&#234;te, que l'esprit lui aussi se vo&#251;te, que les mots deviennent lourds et pesants comme le sont les jambes, qu'il ne soit plus possible de les tra&#238;ner d'un coin &#224; l'autre de la conscience, un petit pas de vieux qui voit une &#224; une d&#233;p&#233;rir les forces qui tant d'ann&#233;es l'ont port&#233;. Ils ne les croient m&#234;me plus lorsqu'ils font comme s'ils avaient encore besoin de lui. D'ailleurs, toutes ses fonctions ne sont plus qu'honorifiques. Que ce soit au journal ou au parti. &#034;Une pi&#232;ce de mus&#233;e. Un souvenir du pass&#233;. Voil&#224; ce qu'ils voient tous en moi. Car pour ce qui est des d&#233;cisions &#224; prendre, ils se gardent bien de suivre mes conseils. Ils disent oui. Ils disent que c'est int&#233;ressant. Et ils se d&#233;p&#234;chent de proposer autre chose.&#034; Il &#233;tait las de tout cela. Il finissait par se demander si toute sa vie n'avait pas &#233;t&#233; un &#233;chec. Qu'avait-il apport&#233; &#224; Laura, son &#233;pouse ? Des soucis, c'est certain. Elle avait toujours vaillamment &#233;t&#233; &#224; ses c&#244;t&#233;s. Elle avait fait face &#224; tous leurs d&#233;boires financiers. De ce que lui avait l&#233;gu&#233; son p&#232;re, des immeubles, des terrains, des valeurs, il ne restait plus rien depuis longtemps. Ce n'&#233;tait son travail &#233;pisodique de typographe qui avait permis de faire chauffer la marmite. Le p&#232;re de son &#233;pouse, le Fondateur, l'avait pourtant pr&#233;venu autrefois. Il se souvenait encore de la lettre qu'il avait re&#231;ue juste avant que leur mariage ne f&#251;t conclu : &lt;br/&gt;
&#034;Avant de r&#233;gler vos relations avec Laura d&#233;finitivement, j'ai besoin &#233;claircissements s&#233;rieux sur votre position &#233;conomique. Vous savez que j'ai sacrifi&#233; toute ma fortune dans les luttes r&#233;volutionnaires. Je ne le regrette pas, au contraire. Si ma carri&#232;re &#233;tait &#224; recommencer, je ferais de m&#234;me. Mais autant qu'il est en mon pouvoir, je veux sauver ma fille des &#233;cueils sur lesquels s'est bris&#233;e la vie de sa m&#232;re.&#034; &lt;br/&gt; Qu'aurait-il pu ajouter &#224; cette pr&#233;diction ? Il n'avait m&#234;me pas su offrir &#224; Laura la joie que toute femme est en droit d'attendre du mariage. Leurs deux enfants &#233;taient morts en bas-&#226;ge. Lui, le m&#233;decin, il avait &#233;t&#233; incapable de les soigner.&lt;br/&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; A quoi penses-tu, Paul ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Laura avait pos&#233; sa main sur la sienne, avec pr&#233;caution, sans bouger de son fauteuil. Elle lui souriait. Mais il voyait bien que c'&#233;tait un peu forc&#233;. Elle savait bien &#224; quoi il pensait. Il pensait toujours &#224; la m&#234;me chose.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu t'es d&#233;cid&#233; ? ....&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'&#233;tait reprise.
&lt;br /&gt;&#8212; Pour le congr&#232;s, tu t'es d&#233;cid&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle avait eu peur qu'il ne se m&#233;prenne sur sa question. Depuis qu'il &#233;tait all&#233; voir son ami le pharmacien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le message laiss&#233; par Lafargue, on lit : &#034;J'ai pr&#233;par&#233; le mode (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, elle savait que, pour le reste, sa d&#233;cision &#233;tait prise. Il Le lui avait toujours dit : A soixante-dix ans. L'&#233;ch&#233;ance &#233;tait pour le mois suivant. Mais d'ici l&#224; il y avait le congr&#232;s du parti qu'il devait pr&#233;sider. Elle ne savait pas encore s'il allait leur avouer sa fatigue ou s'il allait rassembler son &#233;nergie pour une derni&#232;re apparition &#224; la tribune.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu fais comme tu veux, Paul. Mais si tu y vas, il faut te d&#233;cider vite. Ils attendent une r&#233;ponse.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lafargue assista bien au Congr&#232;s national du parti qui se tint les 1er et 2 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br/&gt;
L'entendait-il encore ?
&lt;br /&gt;&#8212; Paul ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Juin 1980&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;br/&gt;
&lt;a href='https://petitspointscardinaux.net/grenier/ici-c-est-la-banlieue-46/article/paul-lafargue-2-dernier-assaut' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Dernier assaut&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
Paul Lafargue &lt;a href='https://petitspointscardinaux.net/grenier/editos-2011-2017/article/18-paul-lafargue-1' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(1)&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
Paul Lafargue &lt;a href='https://petitspointscardinaux.net/grenier/editos-2011-2017/article/19-paul-lafargue-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(2)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le message laiss&#233; par Lafargue, on lit : &#034;J'ai pr&#233;par&#233; le mode d'ex&#233;cution de ma r&#233;solution : une injection hypodermique d'acide cyanhydrique&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lafargue assista bien au Congr&#232;s national du parti qui se tint les 1er et 2 novembre. Un des participants le d&#233;crit &#034;si batailleur, si &#233;gal &#224; lui-m&#234;me, cet all&#232;gre vieillard&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Paul Lafargue / 2 - Dernier assaut</title>
		<link>https://petitspointscardinaux.net/grenier/ici-c-est-la-banlieue-46/article/paul-lafargue-2-dernier-assaut</link>
		<guid isPermaLink="true">https://petitspointscardinaux.net/grenier/ici-c-est-la-banlieue-46/article/paul-lafargue-2-dernier-assaut</guid>
		<dc:date>2012-06-07T07:57:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel S&#233;onnet</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;A dix heures, le matin, ils &#233;taient d&#233;j&#224; plusieurs centaines &#224; attendre sur la place, devant le caf&#233; Ranque, l&#224; o&#249; la semaine pr&#233;c&#233;dente deux de leurs camarades avaient &#233;t&#233; tu&#233;s et dix autres bless&#233;s par les gendarmes. L'appel &#224; manifester &#233;tait paru dans Le R&#233;veil social. La F&#233;d&#233;ration des carriers et chaufourniers de la vall&#233;e s'&#233;tait charg&#233;e de battre le rappel. Ils esp&#233;raient bien que cette fois leur nombre leur donnerait gain de cause. Depuis plus d'un mois le travail &#233;tait arr&#234;t&#233;. Ils (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://petitspointscardinaux.net/grenier/ici-c-est-la-banlieue-46/" rel="directory"&gt;Ici c'est la banlieue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A dix heures, le matin, ils &#233;taient d&#233;j&#224; plusieurs centaines &#224; attendre sur la place, devant le caf&#233; Ranque, l&#224; o&#249; la semaine pr&#233;c&#233;dente deux de leurs camarades avaient &#233;t&#233; tu&#233;s et dix autres bless&#233;s par les gendarmes. L'appel &#224; manifester &#233;tait paru dans&lt;i&gt; Le R&#233;veil social&lt;/i&gt;. La F&#233;d&#233;ration des carriers et chaufourniers de la vall&#233;e s'&#233;tait charg&#233;e de battre le rappel. Ils esp&#233;raient bien que cette fois leur nombre leur donnerait gain de cause. Depuis plus d'un mois le travail &#233;tait arr&#234;t&#233;. Ils avaient tenu bon. Mais cela ne pouvait plus durer. L'aide financi&#232;re des autres f&#233;d&#233;rations avait fini par s'&#233;puiser. Chacun ne rentrait plus chez lui que la mine basse, et triste, incapable de regarder en face les enfants assis autour de la table qui attendaient vainement autre chose qu'un cro&#251;ton de pain &#224; se mettre sous la dent. Non, &#231;a ne pouvait plus durer. Il fallait que la direction des sabli&#232;res c&#232;de. Qu'elle leur accorde et l'augmentation et le repos hebdomadaire qu'ils ne cessaient de r&#233;clamer. Il y avait d&#233;j&#224; eu assez de bless&#233;s, assez de morts. Ils ne souhaitaient qu'une chose : reprendre le travail. A voir comment s'y prenaient les &#034;renards&#034; que la direction avait embauch&#233;s pour les remplacer, &#231;a leur faisait mal au c&#339;ur. Non seulement ils prenaient plaisir &#224; briser leur gr&#232;ve, mais en plus, ils ne savaient pas travailler. Parfois, le matin, certains allaient les regarder du haut du petit pont qui enjambe le bras de fleuve creus&#233; de leur propre main dans la rive sablonneuse. Ils ne pouvaient s'emp&#234;cher de rire, de se moquer de leur incomp&#233;tence &#224; man&#339;uvrer la drague. C'&#233;tait une fa&#231;on de se venger. Petite fa&#231;on, certes, mais ils n'en avaient pas d'autre. Ils avaient bien essay&#233;, au d&#233;but, de les emp&#234;cher de travailler. Mais avec la protection que leur accordait les gendarmes, c'&#233;tait devenu impossible. C'&#233;tait d'ailleurs &#224; cause de cela que deux de leurs camarades &#233;taient morts. Ils avaient conduit de force quatre de ces &#034;renards&#034; &#224; la permanence du syndicat, dans l'arri&#232;re salle du caf&#233;. Pour les lib&#233;rer, les gendarmes avaient tir&#233;. A bout portant. Robin et Pardeil &#233;taient morts sur le coup. De rage, tous &#233;taient redescendus au fleuve et s'en &#233;taient pris &#224; &lt;i&gt;L'Abeille&lt;/i&gt;, un remorqueur qui tirait les chalands que ces salops de &#034;renards&#034; avaient charg&#233; de sable un peu plus t&#244;t. Ils avaient bloqu&#233; &#034;&lt;i&gt;L'Abeille&#034;&lt;/i&gt; dans l'&#233;cluse. Mais l&#224; encore, les gendarmes &#233;taient intervenus. Trois bless&#233;s. Voil&#224; ce qu'ils avaient gagn&#233;. Sans compter ceux qui &#233;taient tomb&#233;s dans l'eau glac&#233;e et qui maintenant &#233;taient malades.
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&lt;i&gt;&#8212; Paul ! &lt;br/&gt;
Oui, il a entendu. Depuis qu'il est lev&#233;, tant&#244;t dans le bureau, tant&#244;t dans le jardin, il n'a cess&#233; d'entendre, &#233;coutant, n'&#233;coutant plus, cherchant dans la lecture un silence qui lui aurait apport&#233; le calme, l'oubli, n'y arrivant pas, marchant dans le jardin, s'affairant autour du parterre de fleurs, redressant la branche d'un arbre, les tuteurs d'un plant de pivoines, arrachant ici une mince poign&#233;e d'herbes, l&#224; une cl&#233;matite trop vivace enroul&#233;e autour d'un prunier, mais &#231;a ne servait &#224; rien, il avait beau donner de l'activit&#233; &#224; son corps, &#224; ses bras, &#224; ses jambes, il n'arrivait pas &#224; distraire son ou&#239;e de ce qu'il entendait, il percevait au loin les roulements mena&#231;ants des chevaux, leur hargne qui d&#233;ferlait tout &#224; coup avant de dispara&#238;tre sous les clameurs, les appels, il distinguait dans chaque son le mouvement qui l'accompagnait, la fuite, la charge, l'affrontement, il devinait les coups, les blessures, le sang, et il restait, l&#224;, pantois, la cl&#233;matite fig&#233;e dans la main, prostr&#233;, incapable d'autre chose que d'entendre, tout son corps devenu prolongement de son ou&#239;e enti&#232;rement tendue vers cet effroyable dont il suivait chaque p&#233;rip&#233;tie mais contre lequel il ne pouvait rien. &lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
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&lt;p&gt;La place n'&#233;tait m&#234;me plus assez grande pour contenir tout le monde. Il ne cessait d'en arriver : par groupes, en v&#233;lo, en charrette ; chaque fois qu'ils entendaient le train s'arr&#234;ter &#224; la gare de Draveil-Vigneux, ils &#233;taient s&#251;rs qu'un peu plus tard un nouveau groupe allait se joindre &#224; eux. Des camarades arrivaient de toute la vall&#233;e. Et m&#234;me de plus loin. Des carriers comme eux, mais aussi des mineurs, des puisatiers, des pl&#226;triers et des ma&#231;ons. Tous ceux qui, pour les soutenir, s'&#233;taient mis en gr&#232;ve &#224; leur tour. Tous ceux qu'ils ne connaissaient pas mais qui, ailleurs, avait besoin du sable arrach&#233; aux rives du fleuve pour pouvoir continuer de travailler. &#199;a faisait plaisir &#224; voir, cette belle solidarit&#233;. Oui, ils se sentaient tr&#232;s forts aujourd'hui. La direction des Sabli&#232;res devait &#234;tre compl&#232;tement affol&#233;e. Peut-&#234;tre pr&#233;paraient-ils d&#233;j&#224; l'accord qu'ils seraient oblig&#233;s de signer avec le syndicat. Jusqu'ici, ils avaient dit qu'ils ne voulaient pas entendre parler de syndicat. Mais aujourd'hui, c'&#233;tait s&#251;r, avec une telle manifestation de force, ils allaient &#234;tre oblig&#233;s de revenir sur ce qu'ils avaient dit. Et peut-&#234;tre, d'ici un jour ou deux, on pourrait reprendre le travail. Ah ! quand ils annonceraient &#231;a &#224; la maison : l'augmentation ! le jour de cong&#233; ! Ils n'auraient plus honte quand ils croiseraient l'&#233;picier. Ils pourraient enfin payer leurs dettes. Finie la coche ! Il y aurait peut-&#234;tre m&#234;me de quoi faire un cadeau aux gosses pour No&#235;l. Ils avaient bien eu raison de ne pas se laisser intimider. Parce que maintenant la direction des Sabli&#232;res devait &#234;tre en train de se dire qu'elle aurait mieux fait de leur accorder tout de suite ce qu'ils avaient si longtemps demand&#233;. &lt;br/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Paul !&lt;br/&gt;
Il fuyait. Il s'&#233;tait enferm&#233; dans l'ancienne orangeraie, l&#224; o&#249; on avait entrepos&#233; le billard. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait plus jou&#233;. Il retira la toile grise de poussi&#232;re qui prot&#233;geait le tapis, il &#233;tait toujours aussi vert, lustr&#233; par endroits, mais d'un vert presque parfait qui appelait le roulement des boules, le choc mat et pr&#233;cis des queues &#224; la pointe blanchie de craie. Sur le r&#226;telier, elles semblaient malgr&#233; la poussi&#232;re n'attendre qu'un geste pour retrouver leur efficacit&#233;. Il rabattit la toile poussi&#233;reuse. Il y eut un petit nuage gris qui s'&#233;leva au dessus du billard, comme si c'&#233;tait son esprit, son &#226;me qui se lib&#233;rait de ce corps froid et inutile enferm&#233; dans son linceul. Il voulut chasser du revers de la main le nuage gris et l'image qu'il avait provoqu&#233;e. Il lui &#233;chappa et disparut sous la verri&#232;re. Il n'y avait rien &#224; faire, plus rien, il &#233;tait l&#224; ex&#233;cutant un &#224; un tous les sympt&#244;mes de la vie, mouvement, pens&#233;es, respiration, et m&#234;me des petits d&#233;tails comme lisser du bout des doigts sa moustache blanche, tousser ,&#233;ternuer, ou encore gratter machinalement une tache sur sa veste, mais il &#233;tait d&#233;j&#224; mort, bien plus, sans doute, que ceux qui, l&#224;-bas, s'affalaient sous le tranchant d'un sabre. Il &#233;tait mort parce qu'il &#233;tait inutile, parce qu'il n'avait plus la force, ni m&#234;me le courage, de risquer dans un dernier combat ce qui lui restait de vie. Il &#233;tait mort et seul. &lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
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&lt;p&gt;Un peu avant midi, une rumeur commen&#231;a &#224; circuler : &lt;br /&gt;&#8212; Les dragons ! les dragons arrivent ! &lt;br/&gt;
Alors tout le monde se serra un peu plus, se rassurant du contact &#233;paule contre &#233;paule, surmontant la peur par un sentiment de force vivante, in&#233;branlable. Ils seraient toujours les plus nombreux. Les dragons ne pourraient rien contre cette masse compacte et d&#233;cid&#233;e. Leur nombre les mettait &#224; l'abri. Lorsque midi sonna au clocher de l'&#233;glise, la foule s'&#233;branla dans un roulement de galoches sur le pav&#233;. Elle commen&#231;a &#224; s'&#233;tirer par le haut, lentement, mais il fallut un bon moment avant que le mouvement ne se r&#233;percute jusqu'aux derniers rangs, au bas de la place. Quand les premiers arriv&#232;rent au cimeti&#232;re et se rassembl&#232;rent autour des tombes de leurs camarades, c'est &#224; peine si les derniers avaient fait quelques pas tant la rue qu'il fallait emprunter &#233;tait &#233;troite. On ne pouvait y marcher &#224; plus de quatre ou cinq de front. C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment ce sur quoi les dragons avaient compt&#233;. Surgissant d'une rue transversale, ils charg&#232;rent la manifestation &#224; son point faible, au triple galop, ne se pr&#233;occupant ni de ceux que les sabots des chevaux pr&#233;cipitaient au sol, ni de ceux que le mouvement de reflux &#233;crasait contre les murs des maisons. Ils charg&#232;rent &#224; deux reprises. Par la droite. Puis par la gauche. Au m&#234;me moment, sur la place et aux abords du cimeti&#232;re, d'autres escadrons parachevaient la besogne en tentant de disperser les deux groupes de manifestants qui, dans un r&#233;flexe de d&#233;fense, tentaient, chacun de son c&#244;t&#233;, de faire front. Ce fut un sauve-qui-peut g&#233;n&#233;ralis&#233;. La grande foule massive et silencieuse se d&#233;sagr&#233;gea en courses et en cris. &lt;br /&gt;&#8212; Au remblai ! Au remblai !
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&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212; Paul !&lt;br/&gt;
Ce n'est pas la peine. Il n'ira pas manger. Ils ne mangent pas, eux. M&#234;me s'il sait bien ce qu'il y a de d&#233;risoire dans cette solidarit&#233; &#224; distance. Ceux qui, l&#224;-bas, d&#233;fendent de leur corps leur droit &#224; travailler dignement, leur droit &#224; nourrir leur famille, ignorent qu'&#224; deux pas de chez eux, &#224; quelques rues de l'endroit o&#249; les dragons ne leur laissent p1us aucun r&#233;pit, un vieil homme prostr&#233; subit comme autant de meurtrissures les &#233;chos d'un combat qui, sans lui, sans lui et quelques autres comme lui, n'aurait peut-&#234;tre pas eu lieu. Toute sa vie il a cherch&#233; &#224; organiser les prol&#233;taires en lutte comme eux, &#224; donner des armes d&#233;cisives &#224; ce damn&#233;s de la terre pour que leurs r&#233;voltes au lieu de sporadiques deviennent les &#233;tapes d'un combat dont le but final est la fin de toutes les oppressions, la fin de la mis&#232;re, la fin de l'exploitation des faibles par les forts, des pauvres par les riches, la fin de toutes les douleurs et de toutes les souffrances, le bonheur, la soci&#233;t&#233; heureuse des hommes libres et &#233;gaux. Il n'a cess&#233; de l'&#233;crire. &#034;Hardi mes amis, montons &#224; l'assaut de la morale et des th&#233;ories sociales du capitalisme ; que notre critique d&#233;molisse les pr&#233;jug&#233;s bourgeois, en attendant que notre action r&#233;volutionnaire bouleverse la propri&#233;t&#233; bourgeoise. En guerre ! En guerre ! Camarades, la t&#226;che est longue et le temps nous talonne !&#034; Et l'action &#233;tait l&#224;. Et la guerre &#233;tait l&#224;. Et il restait sans voix, sans jambes, sans rien qui puisse apporter aide ou r&#233;confort &#224; ceux qui agissaient et guerroyaient. Que c'&#233;tait insens&#233; ! Que c'&#233;tait d&#233;risoire ! Il en aurait hurl&#233; si les hurlements &#224; cette heure n'avaient &#233;t&#233; plus graves, plus tragiques, bien plus douloureux et v&#233;h&#233;ments que le minuscule cri d'un vieillard pleurant sur lui m&#234;me. Il se faisait honte. La b&#234;te sentimentale le rongeait dans ce qu'il avait de plus intime, dans les replis d'une &#226;me souffreteuse dont il n'avait cess&#233; nagu&#232;re de conspuer les effets. L'&#226;ge &#233;cartait-il donc de toute clairvoyance ? Le vieillissement ne pouvait-il conduire qu'&#224; cette d&#233;g&#233;n&#233;rescence des pens&#233;es et de la volont&#233; ?&lt;/i&gt;
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&lt;p&gt;&#8212; Au remblai !&lt;br/&gt;
C'&#233;tait la seule issue, la seule fa&#231;on de ne pas se faire massacrer par les dragons. Jamais la voie ferr&#233;e ne leur avait paru si loin. Ils couraient, s'abritaient comme ils pouvaient au passage des chevaux, couraient &#224; nouveau, puis s'abritaient encore. Ceux qui cherchaient refuge dans les ruelles et les cours &#233;taient inexorablement pourchass&#233;s. Les gendarmes &#224; pied n'avaient plus qu'&#224; venir les cueillir. &lt;br /&gt;&#8212; Le remblai ! La voie ferr&#233;e ! &lt;br/&gt;
Par petits groupes, en d&#233;sordre, ce qui restait de manifestants finit par y arriver. Ils escalad&#232;rent le talus de pierre, se ru&#232;rent comme ils pouvaient jusqu'au sommet, et l&#224;, camp&#233;s sur les traverses de la voie ferr&#233;e, ils se retourn&#232;rent et firent face. Un rapide coup d'&#339;il suffit &#224; leur faire comprendre qu'ils n'&#233;taient plus tr&#232;s nombreux. Une centaine tout au plus. Bien moins que les dragons dont les chevaux, au bas de la pente, h&#233;sitaient &#224; s'&#233;lancer. Ils profit&#232;rent de ce r&#233;pit. Les pierres commenc&#232;rent &#224; voler. Au premier dragon touch&#233;, il y eut des cris de victoire. Mais cela ne dura pas. Les dragons pass&#232;rent &#224; l'attaque. Cette fois, il n'y avait plus aucun sabre au fourreau. Ils avaient ordre de ne pas faire de quartier. &lt;br/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au loin le vacarme s'&#233;tait tu. Il n'y avait plus ni cris, ni appels, ni galops de chevaux. Tout &#233;tait fini. Mais le silence n'&#233;tait pas pur. Il planait au dessus des maisons comme une chape de souffrance, de pleurs retenus et d'&#233;chec. Il en faudrait du temps pour reconqu&#233;rir pas &#224; pas ce que quelques heures de coups de sabres et de crosses de mousquetons avaient saign&#233; jusqu'&#224; l'effondrement. Il en faudrait du courage, de la volont&#233;, de l'abn&#233;gation pour refaire surgir de ces corps bris&#233;s la flamme de la r&#233;volte. Il en faudrait du courage et du temps. Mais il n'avait plus ni un ni l'autre. Cela se ferait sans lui. &lt;br /&gt;&#8212; Paul !&lt;br/&gt;
Cette fois il regagna la maison. Son &#339;il &#233;teint glissait sur les fleurs et les arbres du jardin sans les voir. Son pas le portait, machinalement, vers la tendresse de Laura qui malgr&#233; tous ses efforts ne parviendrait pas &#224; le tirer de son h&#233;b&#233;tude. Il rentra. La porte se referma derri&#232;re lui aussi pr&#233;cise que la dalle d'un caveau. &lt;br /&gt;&#8212; Il y a du courrier, Paul, sur ton bureau. Une carte de Jules qui demande que tu confirmes ta pr&#233;sence pour le Congr&#232;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mai 1980&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi : &lt;br/&gt;
&lt;a href='https://petitspointscardinaux.net/grenier/ici-c-est-la-banlieue-46/article/paul-lafargue-1-une-visite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Une visite&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
&lt;a href='https://petitspointscardinaux.net/grenier/editos-2011-2017/article/18-paul-lafargue-1' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Paul Lafargue (1)&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href='https://petitspointscardinaux.net/grenier/editos-2011-2017/article/19-paul-lafargue-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Paul Lafargue (2)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Ici</title>
		<link>https://petitspointscardinaux.net/grenier/ici-c-est-la-banlieue-46/article/ici</link>
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		<dc:date>2012-05-09T17:04:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel S&#233;onnet</dc:creator>



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&lt;p&gt;Finalement, la temp&#234;te a eu du bon. Quelque chose est tomb&#233; (haie ? rideau ? rempart ?), un voile devant les yeux, ou des &#233;cailles, un mirage de feuilles et de branches qui scintillaient en ombres vertes et grises au moindre souffle de vent, et dans lesquelles, certains jours de mai, tout un peuplement d'oiseaux se livraient, de batailles et d'amours, &#224; des danses sautillantes, les t&#234;tes noires et blanches, les queues grises ou presque bleues, comme autant de feuilles suppl&#233;mentaires dansant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://petitspointscardinaux.net/grenier/ici-c-est-la-banlieue-46/" rel="directory"&gt;Ici c'est la banlieue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Finalement, la temp&#234;te a eu du bon. Quelque chose est tomb&#233; (haie ? rideau ? rempart ?), un voile devant les yeux, ou des &#233;cailles, un mirage de feuilles et de branches qui scintillaient en ombres vertes et grises au moindre souffle de vent, et dans lesquelles, certains jours de mai, tout un peuplement d'oiseaux se livraient, de batailles et d'amours, &#224; des danses sautillantes, les t&#234;tes noires et blanches, les queues grises ou presque bleues, comme autant de feuilles suppl&#233;mentaires dansant avec le feuillage d&#233;j&#224; &#233;pais et lui donnant, parfois, comme un mouvement d'eau vive que venait confirmer le presque clapotis des branches agit&#233;es. C'&#233;tait un paysage &#224; soi tout seul. Un univers total de vie aussi vivante que ceux que l'on d&#233;couvre, exotiques, dans ces &#233;missions dont raffolent les t&#233;l&#233;visions d'apr&#232;s-midi, et qui, &#224; l'image de ceux-l&#224;, n'&#233;tait pas, comme on le dit, &#034;une fen&#234;tre ouverte sur le monde&#034;, mais au sens strict : un &#233;cran. De fait, la haie de peupliers avait beau s'offrir en spectacle, elle avait tout d'une cl&#244;ture qui rendait la perspective opaquer. A dire vrai, un peu comme pour les enfants dont on se dit qu'on ne les a pas vus grandir, un jour ils sont adultes, mari&#233;s, partis : on ne les avait pas vu pousser. N&#233;gligemment, on pourrait croire, sans en avoir l'air, avec cette mani&#232;re qu'ont les arbres de ne jamais se faire remarquer, ils avaient pouss&#233;, &#233;paissi, s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;s jusqu'&#224; finir par se rejoindre les uns les autres, &#233;paule contre &#233;paule on aurait dit, comme les hommes serr&#233;s en rang &#224; la pri&#232;re pour la mosqu&#233;e, mais eux toujours debout (les peupliers), penchant &#224; peine un peu la t&#234;te dans le vent ou lorsqu'un corbeau un peu plus lourd tentait de se percher &#224; la pointe. Ce qui au d&#233;part n'&#233;tait qu'alignement de plumeaux perdus et ch&#233;tifs (mais qui s'en souvenait encore ?) avait fini par faire mur, par acqu&#233;rir cette puissance, cet &#233;lan, qui, de fait, leur furent fatals. L'union ne fit pas leur force qui les rendit incapables d'esquive lorsque la temp&#234;te passa. Au matin il n'y avait plus rien. Plus rien debout. Plus rien dress&#233;. Toute la haie (le rideau ? le rempart ?) mise d'un coup &#224; terre, et les troncs tomb&#233;s les uns sur les autres comme autant de fusill&#233;s. On l'a &#233;chapp&#233; belle, disaient les riverains, dont la toiture &#233;tait encore &#224; peu pr&#232;s intacte. On s'en est bien tir&#233;, disaient ceux chez qui les arbres cass&#233;s se limitaient &#224; quelques unit&#233;s. Oui, on a eu de la chance, je r&#233;pondais. Mais la chance v&#233;ritable de ce jour de temp&#234;te, il fallut du temps pour que je la r&#233;alise. Le temps que le regard se d&#233;fasse de cet enchev&#234;trement ligneux (comme une guerre, on disait), qu'il le ram&#232;ne &#224; ses justes dimensions (un certain nombre d'arbres - une vingtaine ? - abattus devant chez soi). Il y eut bient&#244;t toute une &#233;quipe d'hommes en uniformes orange, casqu&#233;s, bott&#233;s, les oreilles prot&#233;g&#233;s par des sortes de casques semblables &#224; ceux dont on se sert pour &#233;couter, mais ici ajust&#233;s pour ne pas entendre le vacarme &#224; moteur des tron&#231;onneuses, des grues, des camions. En quelque jour ce fut termin&#233; et il n'y eut plus dans l'abondante sciure, que les cous coup&#233;s des souches au ras du sol, bl&#234;mes, toujours bien align&#233;s. Il y en avait dix-sept. Maintenant on pouvait les compter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est peut-&#234;tre en les comptant : le regard cherchant &#224; remonter lentement le long des troncs absents comme un qui chercherait l'ancienne douleur dans la jambe amput&#233;e et qui la trouve - le regard monte effectivement le long de rien, suit ce rien dans l'air vide croyant qu'il y a devoir &#224; prendre mesure, hauteur, volume de l'absence, mais constatant bien vite qu'il y a d&#233;sormais mieux &#224; faire, qu'il suffit de se laisser entra&#238;ner, porter en quelque sorte non plus vers la hauteur mais dans la profondeur, suivre la premi&#232;re all&#233;e qui vient, longer le stade, se laisser glisser jusqu'au fleuve o&#249; passe une p&#233;niche et entrevoir d&#233;j&#224; ce qu'il y a de l'autre c&#244;t&#233; de la vall&#233;e (mais peut-on appeler vall&#233;e une telle largeur ? plaine limoneuse sans doute, autrefois de cultures et d'&#233;tangs, de gravi&#232;res surtout, on devine d'ailleurs les restes d'un dispositif de dragage, abandonn&#233;, rouill&#233; - comme un r&#234;ve de ville toujours remis &#224; plus tard), et c'est, entre les b&#226;timents anciens d'une sorte d'usine, la mont&#233;e verticale au droit de l'autre coteau, le passage du train, la nationale, les barres blanches aux mille fen&#234;tres des cit&#233;s r&#233;p&#233;t&#233;es tout le long de la cr&#234;te, jusqu'&#224; atteindre, au milieu des arbres que le versant a prot&#233;g&#233;, ce toit de coupole blanche que l'on sait &#234;tre d'un observatoire, et que l'on reconna&#238;t aussit&#244;t comme un de ces d&#233;j&#224;-vu venus du tr&#233;fonds des r&#234;ves - alors que c'est souvenir, vraiment, plus de vingt ans auparavant, avant que les peupliers ne prolif&#232;rent. Car j'avais beau faire et refaire le trajet du plus proche au lointain, suivre les lignes de fuite, interrompre, couper &#224; travers, le regard comme un chien que l'on venait de l&#226;cher apr&#232;s l'avoir gard&#233; longtemps enferm&#233;, j'avais beau donner &#224; chaque lieu, comme pour un premier jour du monde, ce nom que je lui connaissais : j'&#233;tais &#224; peu pr&#232;s s&#251;r que rien n'avait chang&#233; pendant ces plus de vingt ans que les arbres avaient pouss&#233; et effac&#233;, en quelque sorte, cet horizon autrefois habituel. Si bien que, voyant ce que j'avais d&#233;j&#224; vu, c'&#233;tait moins l'aventure d'un espace qui s'offrait d'un seul coup de temp&#234;te, que la mati&#232;re m&#234;me du temps qui s'&#233;tait d&#233;pos&#233; l&#224;, strate sur strate, comme un limon une crue apr&#232;s l'autre. Et tout ce temps d&#233;pos&#233; l&#224; me regardait. Me demandait des comptes : Alors ? Lorsque j'&#233;tais arriv&#233;, j'avais cru comme tout le monde, que c'&#233;tait par hasard. Que je m'&#233;tais install&#233; ici comme j'aurais pu m'installer ailleurs (autre ville, autre rue, autre maison). Qu'au mieux il s'agissait d'un concours de circonstances et il &#233;tait inutile de chercher &#224; en d&#233;duire quoi que ce soit. Mais ce n'&#233;tait qu'un leurre. Ou de l'orgueil peut-&#234;tre. Se vouloir diff&#233;rent, &#233;chapper au sort commun. Alors que bel et bien on s'&#233;tait laiss&#233; prendre comme n'importe qui, comme tout ceux qu'on croisait (en ville, dans la rue, les voisins, et dans les villes voisines, aussi, qui se ressemblaient toutes, jusque dans le R.E.R., ces visages align&#233;s &#224; tous se ressembler aussi) on s'&#233;tait laiss&#233; aspirer par la N&#233;buleuse, m&#234;me pas la magie de sir&#232;nes pour donner du path&#233;tique &#224; cette aspiration : quelque chose de froid, de m&#233;canique, de logique, comme un qui est tomb&#233; &#224; l'eau et que le tourbillon emporte, et il devait s&#251;rement y avoir quelque part des &#233;quations, des statistiques, des courbes de probabilit&#233; qui faisaient de tous ceux qui avaient cru pouvoir faire d'ici un &#034;chez soi&#034; les moucherons captifs d'une lumi&#232;re artificielle - chance, encore, si on ne s'y grillait pas les ailes. Tout cela - le d&#233;sir, le choix, les envies, les raisons - comme pass&#233; au broyeur d'une imparable logique (&#034;l'in&#233;vitable accroissement des concentrations urbaines&#034;) avec, &#224; la sortie, le sentiment d'une impuissance totale &#224; peine &#233;lectris&#233;e de temps en temps par l'&#233;vocation d'un hypoth&#233;tique d&#233;part, de noms de villes, d'autres horizons, des lieux qui prenaient toutes couleurs &#224; simplement les dire &#034;choisis&#034;, &#034;voulus&#034; - jusqu'&#224; cette &#233;vidence &#224; laquelle l'ouverture soudaine du ciel renvoyait paradoxalement comme sur un mur : plus de vingt ans apr&#232;s, on &#233;tait toujours l&#224;. La N&#233;buleuse avait eu le dessus - non qu'elle ait eu besoin de nous en particulier, qu'elle nous ait d&#233;sign&#233; nomm&#233;ment, mais il lui fallait pourvoir &#224; son quota de vies humaines, d'hommes, de femmes, &#224; ses r&#233;partitions en ouvriers, fonctionnaires, employ&#233;s, il fallait que chacun de ses rouages soit approvisionn&#233;. Et ce fut nous comme c'eut pu &#234;tre d'autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela je l'avais oubli&#233; que j'avais pourtant su d&#232;s le d&#233;but. J'en retrouvais les traces au fil de vieux cahiers tenus dans une sorte d'effarement. Les peupliers n'&#233;taient pas seuls en cause. Je m'en &#233;tais fait des complices, sans doute pour ne pas d&#233;sesp&#233;rer. Et maintenant que le d&#233;sastre &#233;tait survenu, je pouvais lire comme une proph&#233;tie, un programme pour aujourd'hui ces phrases &#233;crites un dix-sept octobre de l'an 1981 : Nous avons assez vu. Maintenant il nous faut regarder. Disons : pour d&#233;faire le hasard, puisque tout le monde croit que c'est le hasard. L'effondrement des arbres n'avait fait que me ramener l&#224;. Au tout d&#233;but d'&#233;crire. VIENS ! APPROCHE ! REGARDE ! Ici c'est la banlieue, et on dirait une &#233;toile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(mai 2010)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Betty</title>
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		<dc:date>2012-01-30T15:42:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel S&#233;onnet</dc:creator>



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&lt;p&gt;(En ce temps-l&#224;, un delacroix c'&#233;tait 100 francs) &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne sait jamais o&#249; cela conduit cette part infime du ciel qui tout &#224; coup se d&#233;tache et se d&#233;pose entre vos mains. On dit hasard. On dit ange. On ne sait pas ce qu'on dit. On voit une forme &#233;trange au bord de la route, quelque chose comme une d&#233;tresse, il pleut, il fait froid, la nuit est d&#233;j&#224; l&#224;, un instant vous est donn&#233;. Et sans l'avoir vraiment d&#233;cid&#233;, simplement &#224; r&#233;pondre, l&#224;, &#224; la travers&#233;e de cette for&#234;t, vous arr&#234;tez votre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://petitspointscardinaux.net/grenier/ici-c-est-la-banlieue-46/" rel="directory"&gt;Ici c'est la banlieue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;(En ce temps-l&#224;, un delacroix c'&#233;tait 100 francs)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait jamais o&#249; cela conduit cette part infime du ciel qui tout &#224; coup se d&#233;tache et se d&#233;pose entre vos mains. On dit hasard. On dit ange. On ne sait pas ce qu'on dit. On voit une forme &#233;trange au bord de la route, quelque chose comme une d&#233;tresse, il pleut, il fait froid, la nuit est d&#233;j&#224; l&#224;, un instant vous est donn&#233;. Et sans l'avoir vraiment d&#233;cid&#233;, simplement &#224; r&#233;pondre, l&#224;, &#224; la travers&#233;e de cette for&#234;t, vous arr&#234;tez votre voiture au bord de la nationale, et vous sortez dans la pluie au devant de ce que vous ne connaissez pas. &lt;br/&gt;
Il faut du temps pour comprendre qu'il s'agit d'une femme. &lt;br/&gt;
Parce que d'abord c'est seulement de la boue, un bloc de boue que vous essayez de tirer de la boue, du foss&#233;, une masse &#224; forme humaine (bras, t&#234;te, jambes) mais une forme tellement informe que c'en est presque comme une sorte de pr&#233;figuration d'humain, un bloc non d&#233;grossi, &#224; peine une &#233;bauche, qui a du mal &#224; se mettre debout, &#224; remonter le talus, elle glisse, vous tirez, elle glisse encore et presque vous entra&#238;ne, mais elle s'accroche, elle se d&#233;bat, comme une sourde r&#233;volte contre cette terre qui voudrait la garder, n'en faire que de la terre comme tout ce qu'elle finit par absorber (feuilles, branches, arbres entiers, mais animaux aussi, et des humains qui s'y laissent tomber et ne se rel&#232;vent pas), alors vous calez les pieds pour ne pas &#234;tre emport&#233;, vous tirez encore plus fort, vous donnez m&#234;me de la voix : Allez, encore un effort, vous y &#234;tes presque, comme si maintenant c'&#233;tait devenu une affaire entre vous et cette terre d&#233;voreuse, une affaire personnelle. &lt;br/&gt;
Si bien que vous oubliez tout. La nuit. La pluie. Et ceux qui vous attendent, &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224;, dans une salle &#233;clair&#233;e, bien chauff&#233;e, si pr&#232;s et pourtant bien loin de ce combat dans lequel vous vous &#234;tes engag&#233;, un combat par&#233; de bien des signes du d&#233;risoire (deux &#234;tres dans la nuit, si petits, anonymes, deux presque rien pour gu&#232;re plus qu'un effort contre les intemp&#233;ries) et dans lequel vous luttez pourtant comme si de son issue devait d&#233;pendre : quoi ? votre vie ? la vie de cette &#233;bauche humaine maintenant agripp&#233;e &#224; votre bras et que vous tirez, tirez, jusqu'&#224; ce que finalement elle vienne s'affaler sur le haut du talus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant elle est debout, visage vous faisant face, comme un p&#226;le sourire macul&#233; de terre, la perruque de travers, un souffle &#233;pais d'alcool, et les mains qui essaient de remettre de l'ordre &#224; la veste tremp&#233;e, au chemisier d&#233;fait, &#224; la jupe si haut mont&#233;e que c'est presque comme s'il n'y en avait pas. &lt;br/&gt;
Elle n'a plus qu'une chaussure. &lt;br/&gt;
Elle tient &#224; la main comme un dernier tr&#233;sor une poche de supermarch&#233;. Dedans, une bouteille. Qu'elle sort du sac. Qu'elle tend comme &#224; dire : Tu en veux ? Mais la bouteille est vide. Vide. C'est le premier mot qu'elle prononce. Qu'elle souligne d'un mouvement du bras qu'elle voudrait ample, th&#233;&#226;tral, mais qui suffit &#224; la d&#233;s&#233;quilibrer. &lt;br/&gt;
Elle tombe. &lt;br/&gt;
Je la retiens. &lt;br/&gt;
Presque aussi boueux qu'elle, maintenant. &lt;br/&gt;
&#201;clair&#233;s par les phares des voitures qui passent, qui &#233;clairent la for&#234;t, les arbres. Cette femme et ces arbres. Les arbres de la for&#234;t o&#249; ceux peints des tableaux ? Plus d'un si&#232;cle &#224; pousser, &#224; mourir, &#224; tomber arbres secs, puis pourris, puis remplac&#233;s par d'autres, arbres n&#233;s ce ces arbres, nouveaux arbres plus jeunes mais qui ont le m&#234;me &#226;ge, arbres centenaires &#224; la place d'autres centenaires. Les m&#234;mes que ceux devant lesquels le peintre a ouvert ses carnets, dispos&#233; ses aquarelles. &lt;br/&gt;
Et la femme au milieu. &lt;br/&gt;
Comme de terre, les arbres eux aussi, vieux ch&#234;nes creus&#233;s de mousses. La peau d'&#233;cailles comme une maladie. Ou d'usure. Ou comme s'ils avaient voulu changer de r&#232;gne, troquer la s&#232;ve contre la pierre, la vie contre un destin fossile faisant d'eux des vestiges. &lt;br/&gt;
Devant lequel faire s'adosser la femme, le tronc comme un manteau autour des &#233;paules ? Ou mieux encore : comme ces chapes des pr&#234;tres d'autrefois qui semblent tenir toutes seules surcharg&#233;es de motifs, d'ors, de couleurs lourdes et raides, logement plus que v&#234;tement &#224; l'int&#233;rieur duquel le c&#233;l&#233;brant semble se blottir, se cacher presque, cacher son humanit&#233; de salle de cat&#233;chisme, de comptoirs de caf&#233;, pour devenir simplement l'&#226;me de cet habit ? &lt;br /&gt;&#8212; Allez, venez. Vous n'allez pas rester l&#224;.&lt;br/&gt; Elle cherche sa voiture. Sa camionnette, plut&#244;t. Elles ont toutes des camionnettes pour travailler ici. &lt;br /&gt;&#8212; Vous n'&#234;tes quand m&#234;me pas venue &#224; pied...&lt;br/&gt;
Elle fait un signe en l'air. Comme un geste de magie qui aurait fait dispara&#238;tre. Envol&#233;e !
&lt;br /&gt;&#8212; Tu m'emm&#232;nes ?&lt;br/&gt;
Balayage de phares, encore. Et la lumi&#232;re glisse sur ses joues comme si c'&#233;tait pour en chasser la terre m&#234;l&#233;e de poudre, la boue s&#233;ch&#233;e dans l'&#233;paisseur de cr&#232;mes, de fards, comme une autre figure dessin&#233;e par dessus, mais d&#233;cal&#233;e, comme un flou de photos, un bouger - et aussit&#244;t la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant la femme est assise &#224; c&#244;t&#233; de moi. Nous roulons. Je ne la vois que par moments quand passent des voitures en face. Je parle dans le vide. Dans le noir. Je dis que je la laisserai &#224; la gare la plus proche. Mais elle voudrait que je la ram&#232;ne jusque chez elle. Je dis que l'on m'attend, que je suis d&#233;j&#224; tr&#232;s en retard. Elle demande si c'est une femme qui m'attend, parce que elle, si je la raccompagne, elle veut bien me faire un petit quelque chose. Je dis non, pas une femme, un peintre, ou plut&#244;t des gens qui attendent que je leur parle d'un peintre.
&lt;br /&gt;&#8212; Un qui fait des tableaux ?&lt;br/&gt;
Je dis son nom :
&lt;br /&gt;&#8212; Delacroix.&lt;br/&gt; Alors elle dit que ce n'est pas un peintre, que c'est un billet. Je dis que c'est parce que le billet a &#233;t&#233; fait en l'honneur de ce peintre. Il y a son portrait, dessus. Et de l'autre c&#244;t&#233;, un de ses tableaux les plus connus. Elle dit que &#231;a n'a aucune importance puisque de toutes fa&#231;ons on va bient&#244;t les retirer de la circulation. Elle dit :
&lt;br /&gt;&#8212; Tu trouves pas que je lui ressemble ?
&lt;br /&gt;&#8212; A qui ?
&lt;br /&gt;&#8212; A la femme du billet ! &lt;br/&gt;
Elle raconte qu'on l'a peinte en tr&#232;s grand sur le mur d'un b&#226;timent, pr&#232;s de chez elle. Elle dit qu'&#224; son avis, une femme pareille, c'&#233;tait s&#251;rement une qui faisait le m&#234;me m&#233;tier qu'elle. Elle dit que les jeunes du quartier ont particip&#233; &#224; cette peinture sur le mur. Elle dit que son fils y a particip&#233;. Elle dit :
&lt;br /&gt;&#8212; J'ai un fils, tu sais...&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est plut&#244;t &#224; une autre qu'elle ressemble, maintenant qu'elle a allum&#233; le plafonnier pour tenter d'effacer la terre de son visage. A cause de la position. A cause de cette mani&#232;re de s'enrouler presque sur elle-m&#234;me : le coude sur le haut du dossier, la main soutenant la t&#234;te, le visage tourn&#233; vers celui qui la regarde, mais le reste du corps - les &#233;paules, les hanches - comme partant dans l'autre sens, comme suivant l'autre main vers un possible d&#233;part, d'o&#249; cet effet de boucle, de torsade, mouvement de danseuse tenant sur une seule jambe l'autre d&#233;j&#224; en all&#233;e, pli&#233;e pour entra&#238;ner le corps dans cette pirouette, si bien que l'on dirait qu'elle n'est m&#234;me plus assise, qu'elle tient ainsi presque couch&#233;e mais on ne sait comment, sans vraiment s'appuyer sur cette sorte de fauteuil, de divan - ou de sofa, peut-&#234;tre, mais le mot vient surtout &#224; cause du d&#233;cor, ambiance orientale, lourds tissus, tons rouges et or comme de feu m&#234;me le corps peint dans ces tons, il n'y a que le vert du pantalon mais on sait bien que c'est pour faire tourner le rouge, chanter sa gloire, l'exalter, pour d&#233;signer au centre presque exacte de la toile la pointe rouge d'un sein de lumi&#232;re autour duquel toute le tableau semble tourner.&lt;br/&gt;
L'arbre est derri&#232;re, par la fen&#234;tre. Ou de l'autre c&#244;t&#233; d'une terrasse, plut&#244;t. On ne sait pas bien o&#249; s'arr&#234;te le dedans et commence le dehors. Il y a du rouge dans le haut du feuillage. Du vert dans le peu de lumi&#232;re qui &#233;claire le tronc - tronc et feuillage juste assez indiqu&#233; pour tenir comme en &#233;cho la rumeur de couleur que le corps a fait na&#238;tre et pour la prolonger ainsi dans le lointain, double v&#233;g&#233;tal, discret, ange gardien peut-&#234;tre, de cette femme au pied nu qui regarde le peintre.
&lt;br /&gt;&#8212; &#199;a te g&#232;ne pas si j'ouvre la fen&#234;tre ?&lt;br/&gt;
Elle n'a pas attendu. Elle a baiss&#233; la vitre au vent froid. Un peu de pluie aussi. Et l'air attise la cigarette, point rouge comme au centre d'un tableau - derri&#232;re les arbres d&#233;filent dans le noir.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est loin chez vous ?&lt;br/&gt;
Je la devine qui sourit.
&lt;br /&gt;&#8212; On dirait que ma proposition te tente...&lt;br/&gt;
Mais moi :
&lt;br /&gt;&#8212; C'est &#224; cause de Delacroix. Je travaille sur ce peintre. Je voudrais voir ce qu'ils en ont fait - sur ce mur, pr&#232;s de chez vous.
&lt;br /&gt;&#8212; Comme tu voudras.&lt;br/&gt;
Maintenant nous sommes sortis de la for&#234;t.&lt;br/&gt;
Nous franchissons le fleuve.&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Il me semble qu'en traversant cette eau, je laisse derri&#232;re moi les importuns et les amis&lt;/i&gt;, disait le peintre lorsque, revenu en train de la capitale, il rentrait &#224; pied jusqu'&#224; sa retraite en bordure de for&#234;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous faisons le chemin inverse.&lt;br/&gt;
Nous franchissons un passage &#224; niveau - la gare est juste &#224; c&#244;t&#233;.&lt;br/&gt;
Et tout de suite c'est l&#224;.&lt;br/&gt;
L'autre monde.&lt;br/&gt;
La verticale des murs presque aussi hauts que le ciel.
&lt;br /&gt;&#8212; Au feu, tu prends &#224; gauche, et apr&#232;s c'est &#224; droite.&lt;br/&gt;
Mais on ne peut pas tourner. La rue est barr&#233;e. Une voiture de police en travers. Derri&#232;re elle : comme une sourde agitation, une tension, on ne voit rien, on devine des mouvements, des gens qui courent, de la fum&#233;e dans l'air et comme des explosions.
&lt;br /&gt;&#8212; Allez, circulez.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais c'est que j'habite l&#224;, dit la femme.
&lt;br /&gt;&#8212; En tout cas vous ne pouvez pas aller &#224; pied.&lt;br/&gt;
Je red&#233;marre.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu ne vas pas me laisser y aller toute seule.&lt;br/&gt;
Et comme elle voit bien que j'h&#233;site :
&lt;br /&gt;&#8212; Tu voulais bien voir la femme du billet sur le mur...&lt;br/&gt;
Curiosit&#233; ? Quelque chose de violent qui saisit le corps et le regard &#224; deviner un myst&#232;re tout &#224; coup tr&#232;s proche ?&lt;br/&gt;
Je gare la voiture un peu plus loin.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est par l&#224;.&lt;br/&gt;
Elle marche devant. Son unique chaussure &#224; la main. Juste une halte pour voir dans le reflet du pare-brise d'une voiture si elle est malgr&#233; tout pr&#233;sentable. Elle se retourne. Comme &#224; vouloir mon assentiment. Elle repart. Plus vite.&lt;br/&gt;
Je la suis.&lt;br/&gt;
Et cette tension, alors. Le corps qui s'impatiente parce que marcher ne va pas assez vite, parce que m&#234;me courir ne suffirait pas, il faudrait &#234;tre sur place, tout de suite, il faudrait qu'il n'y ait plus ni temps, ni espace, que ce soit maintenant - on dirait presque que le corps cherche &#224; sortir de lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
On finit quand m&#234;me par arriver.&lt;br/&gt;
Ou tout au moins par voir, plus loin, au bout de la rue.&lt;br/&gt; Le feu.&lt;br/&gt;
Un b&#226;timent en feu.&lt;br/&gt;
Et des flammes qui montent aussi droites que les murs. Qui dansent, on dirait. Qui assaillent comme serpents. Qui se jettent avec violence. Et qui, une fois leur proie saisie (mais c'est quoi, cette proie, sur ce mur de b&#233;ton nu ?) s'y attardent comme &#224; vouloir n'en rien laisser.
&lt;br /&gt;&#8212; La femme, dit la femme.
&lt;br /&gt;&#8212; La femme ?
&lt;br /&gt;&#8212; Celle du billet ! C'est la femme du billet qui br&#251;le sur le mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant je vois mieux. On dirait que le feu en a d&#233;j&#224; termin&#233; avec tout ce qui n'&#233;tait pas elle - les ruines, les corps &#224; terre, les assaillants arm&#233;s de sabres, de fusils, tout ce qui entourait la femme et portait autour d'elle, vers elle, le mouvement du dessin, le jeu des lignes, des couleurs (&#224; supposer tout au moins que la reproduction en ait &#233;t&#233; fid&#232;le), tout cela est en flammes, l&#233;ch&#233; de flammes on le voit bien maintenant qu'on s'approche, ou bien tellement noirci qu'on ne voit plus rien, qu'il n'y a plus rien, la peinture br&#251;l&#233;e, enlev&#233;e par le feu, qui s'attaque maintenant &#224; la femme drapeau en l'air mais que plus personne ne suit, sinon ce gosse, &#224; c&#244;t&#233; d'elle, cette sorte de Gavroche avant l'heure (c'est du moins ce que l'on en a dit) qui malgr&#233; les flammes qui maintenant sont sur lui, continue d'avancer, pistolet en l'air, comme si c'&#233;tait la femme qu'il voulait prot&#233;ger, comme si c'&#233;tait sa mission, comme si pour lui il n'y avait ni feu, ni barricade, ni insurrection - mais seulement cette femme &#224; suivre, &#224; prot&#233;ger, cette femme qui dans le mouvement o&#249; elle s'arrache au feu s'arrache aussi &#224; sa condition de peuple d'apr&#232;s la Chute et ne craint plus d'&#234;tre nue : seulement ce torse, ces seins, cette t&#234;te et ce bras, Libert&#233; survivant aux flammes mais d&#233;sormais sans jambes, sans arme, sans drapeau, lorsque finalement sous l'effort des pompiers, l'incendie finit par se taire.&lt;br/&gt;
L'obscurit&#233; est presque totale.
&lt;br /&gt;&#8212; Viens.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(juillet 1998)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi : &lt;a href='https://petitspointscardinaux.net/compagnes-compagnons/eugene-delacroix/article/sur-les-pas-de-delacroix' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sur les pas de Delacroix&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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