Petits points cardinaux

Michel Séonnet

Contre-point de Jean-Pierre Siméon

Date de parution :

Je tiens quant à moi depuis longtemps pour important le chemin d’écriture de Michel Séonnet. Même si largement publiée par des éditeurs incontestables, qui ont manifestement reconnu la singularité de son travail littéraire, son œuvre demeure trop et injustement méconnue, victime précisément de sa singularité, qui est pourtant ici comme souvent la marque d’une intégrité dans les choix et l’enjeu de la prise de parole dont notre époque adonnée à des leurres narratifs tapageurs et convenus a par ailleurs tant besoin.

Ce qui me retient dans le chemin d’écriture de Séonnet c’est exactement qu’il ne ressemble pas. Fictions, romans, récits et contes, ou proses poétiques aux marges des genres codifiés, il va où bon lui semble, non pas selon un plan de carrière mais selon la nécessité intime. Ce qui fait le sens de ce chemin, le justifie et lui donne un dessein et un dessin, c’est toujours la quête de cette double part siamoise de fragilité et de force dans le destin humain, de chute et d’élan, de cruauté subie ou agie et de compassion . Le pas de l’âne ( Gallimard), qui est comme un bréviaire de la fraternité envers les humbles et que je place très haut pour ma part dans l’ordre de la littérature d’âme et de conscience qui est la plus difficile et la plus nécessaire, me semble par exemple concentrer tous les attendus de l’œuvre. Or tout cela n’est si sensible au lecteur qu’en raison de l’écriture elle-même qui n’abdique jamais de ses moyens poétiques, qui sont en littérature les seuls moyens d’une épiphanie des vérités profondes, une écriture qu’on trouve ici en toutes occasions disons, intense, vibrante. Affaire de mélodie, de rythme, de mouvement interne dans la langue. 

Il était donc prévisible que cette quête en liberté s’aventure sur des terres plus imprévues encore : c’est ce David le roi de dieu qu’il nous est à présent donné de lire. Non pas qu’il soit soit surprenant ou hors du temps de réécrire la Bible, tant l’ont fait à toutes les époques sous des dehors divers comme au reste on ne cesse de réécrire les grecs et les latins, mais parce que la forme de ce rêve littéraire est une fois encore hors d’attente : un roman sous l’espèce d’un poème épique qui inclut l’incantation et le chant même, qui raconte mais dont la portée n’est pas dans les faits rapportés : elle est toute entière dans leur aura poétique, dans la suggestion des joies et des douleurs extrêmes et extrêmement humaines qu’ils portent, les événements d’un ailleurs lointain rejoignant soudainement l’ici de nos cœurs. Ce texte s’écoute autant qu’il se lit car s’il se donne dans des péripéties, c’est en dessous, dans les mélodies de la parole que se révèle à nous l’essentiel qui se joue toujours entre l’amour et la mort.

Jean-Pierre Siméon  Le 18 février 2019

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