1 - Ce sont les livres qui décident pour moi
On me dit que ce roman - "noir" - représente un changement par rapport à ce que j’écris depuis des décennies. La vérité, c’est que je ne choisis pas les textes que j’écris. Ce sont eux qui me sollicitent. Parfois j’aimerais bien écrire d’autres livres. Avoir un plan. Une stratégie. Ne serait ce que éditoriale. Certains de mes éditeurs m’y ont incité. Mais non. Ça ne marche pas. Je me retrouve toujours ailleurs. Ce n’est pas mauvaise volonté. (…)
Dans le roman de Michel Seonnet, la consigne de l’atelier d’écriture est Si j’étais un arbre... Le bip est sagement positionné à la verticale dans le sac d’Éric Sasserno, l’auteur qui intervient avec des femmes en centre de détention. A aucun moment, il ne sera bousculé pendant que l’écrivain est pris en otage par Bidji qui ne demande ni une caisse, ni un hélicoptère, ni même de l’argent pour s’évader. D’ailleurs, elle ne veut pas s’évader, Bidji, elle exige des excuses pour l’humiliation (…)
Dans les parutions qui accompagnent la célébration du centenaire d’Armand Gatti (1924-2017) il faut désormais prendre en compte le livre de Michel Séonnet. Sous le titre Gatti, l’in-venteur, celui qui fut compagnon de route, ami, voire disciple, analyse avec une lucidité fervente les composantes multiples de l’oeuvre, littéralement grandiose, du fils de l’éboueur Auguste G. N’hésite-t-on pas encore à en prendre l’exacte mesure ? C’est un ensemble de textes composés sur le chemin de Gatti, (…)
PREFACE L’allégresse du messager Par Olivier Neveux
Un jour, je dois avoir seize ou dix-sept ans, j’habite en province, une militante anarchiste, l’amie d’un ami, m’offre les trois tomes des œuvres théâtrales de Gatti qui étaient sortis quelques temps avant chez Verdier. Je tourne autour depuis des mois, le « A » cerclé de rouge sur la couverture m’aimante. J’ai essayé de le lire. Je n’ai rien compris. J’ai lâché prise, un peu triste de voir que cet auteur anarchiste ne répondait pas (…)
C’est un trait curieux de notre génération qu’elle semble comme absentée à elle-même, occupée de celles qui l’ont précédée, comme si elles avaient été dessaisies de tout, et d’abord de leur sens par la noirceur du temps. Tu t’appliques à le leur restituer. Tes airs d’opéra n’ajoutent pas peu au dépaysement. J’étais tout chose, à la fin de ton livre.
P. B.
Vient le moment où il faut bien accepter l’interpellation lancée par Ernst Bloch : être soi-même le chemin et la boussole. Depuis tant d’années à écrire et à publier des livres. Et le sentiment qu’il y a de moins en moins de passages possibles pour ce que je tente de faire. Aussi, plutôt que lamentations, c’est invitation à aller mon propre chemin en usant des dispositifs qu’autorise aujourd’hui la toile d’internet. Je m’y aventure à mon tour.
J’ouvre donc Petits points cardinaux (…)
Eugène B. avec ses parents
Eugène B.et l’Harmonie du village (au centre, souriant, avec une moustache)
Eugène B. et les joyeux drilles du village (premier à gauche)
Eugène B. avec ses enfants sur le char de carnaval
Eugène B. dans son fauteuil
Eugène B. avec Marie, sa femme
Eugène B. à Nice avec son petit-fils
"C’est une saga."
Une mince et vivace saga comme le sont toutes nos histoires de famille. Sauf que celle-là cumule, elle fourmille, elle exagère, on se pince, on se dit,, non c’est pas possible, non pas ça, pas lui, pas elle, pas comme ça. On se pince et on est pris, on est happé, avalé, ému, emporté, roulé dans la farine de la grande Histoire et des petites vies qu’elle traverse, aplatit, broie, renverse, retourne. Il y a des départs, des maisons, des terres, des oeillets, du soleil (…)