Petits points cardinaux

Michel Séonnet

4 septembre

La mer est sourde
aux avions qui passent
et la regardent de haut

leur prétention à dominer
ne l’impressionne
pas

elle sait

et moi je me souviens
du 11 septembre
1968
caravelle Ajaccio Nice
95 morts
feu à bord ou tir de missile ?
l’enquête est réouverte
les familles (enfin) reçues
par le juge

je revois

mais je ne sais plus
le nom du camarade de classe
son père était dans l’avion

la mer garde le silence
son toit tranquille
est d’un tombeau

marbre bleu fer
couleur de tôle
où se fracassent les vies

et pourtant

sous la dalle
ce bercement grisant
d’un ventre
fécond
tellement semblable à
celui d’où nous venons

d’où je viens

ne sachant plus si la mer
est ma mère ou ma sœur
jumelle
de tant de rêves
de doutes
d’attentes
de déroutes

sœur au ventre pareil

de la fenêtre j’entrevois
son murmure
elle aussi parle en
langues

mais qui pour interpréter ?

je m’y risque
moi qui suis sourd
et si peu
polyglotte

les vagues ont poussé
dans les rues
les vocables croisés
de toutes ses langues

je ne sais les compter
m’épuise à vouloir les nommer

un palimpseste
d’idiomes
dont on ne sait jamais
quel texte
recouvre l’autre
quelle langue

ville bigarrée

mais qui préfère à sa bigarrure
sa renommée d’azur postiche

comment dit-on bigarré en nissart ? [1]

même étale
la mer se multiplie
et multiplie qui la regarde

(suite)

Notes

[1] Il faudra que je demande à Biga Daniel

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